[Science News] – Un voyage au 19e siècle : les trésors cachés du Jardin botanique de Meise

ven. 24 avr.

En 2013, le Jardin botanique de Meise s'est lancé dans une aventure visant à redécouvrir et à mettre en valeur une partie unique de son herbier : une collection historique consacrée à la botanique économique. Cette collection se distingue nettement d'un herbier classique composé de plantes pressées ; il s'agit d'un véritable trésor hors du commun qui jette un pont entre la nature et l'industrie humaine. Une nouvelle publication offre aujourd'hui un panorama détaillé des personnalités fascinantes qui ont assemblé cet héritage, révélant un monde où la science, l'exploration et le commerce se rencontraient. 

La collection comprend environ 25 000 objets, chacun racontant comment la société du 19e siècle percevait le monde naturel comme une source de richesse et de santé. Les matériaux sont d'une incroyable diversité : on y trouve des échantillons de bois, des fibres textiles, des teintures naturelles et des agents de tannage, aux côtés d'« exsudats » tels que des gommes, des résines, des cires et du latex.

L'une des caractéristiques les plus surprenantes de cette collection botanique est qu'elle ne s'arrête pas aux plantes. Pour les naturalistes du 19e siècle, la « materia medica » — les substances utilisées pour la médecine — englobait l'ensemble du monde naturel. Ainsi, la collection contient des spécimens d'origine animale et minérale, tels que des fragments de « corne de licorne » (ivoire de narval), des perles d'huîtres, des griffes de lion et même des composés d'uranium et de cobalt.

La collection est globalement organisée en trois sous-collections historiques, chacune représentant une ère différente de l'effort scientifique :

  • La collection von Martius (1821–1868) : Formée par Carl von Martius, le célèbre « père des palmiers », dont l'immense herbier fut la première acquisition majeure du Jardin botanique.
  • La collection du Jardin botanique de l'État (1856–1958) : Matériel rassemblé lors de l'installation de l'institution à Bruxelles, reflétant l'intérêt croissant de la Belgique pour l'agriculture mondiale et les ressources coloniales.
  • La collection van Heurck (début 1800–1876) : Une vaste collection privée, d’une incroyable diversité, provenant d'Anvers, comprenant des curiosités pharmaceutiques rares et des produits industriels.
    Ce patrimoine témoigne d'une « fascinante histoire de collaborations ». Il a été bâti par un réseau mondial de scientifiques, d'explorateurs et de collectionneurs indépendants issus de tous horizons. Qu'il s'agisse d'un consul suisse au Brésil ou d'un missionnaire au Suriname, ces contributeurs étaient animés par une fascination commune pour les diverses applications des ressources végétales.

Aujourd'hui encore, ces bocaux vieux de 150 ans renferment bien plus qu'une simple valeur historique. Les connaissances et les efforts dévoués de ces contributeurs ont donné naissance à une collection qui illustre de manière frappante la diversité des utilisations des ressources, principalement végétales, à cette époque. Même aujourd’hui, ce savoir peut contribuer à l’exploration d’applications nouvelles ou redécouvertes pour les plantes et les produits d’origine végétale. 


Référence : Leyman, V. & Leliaert, F. (2025). Origins of and Key Contributors to the Economic Botany Collection of Meise Botanic Garden. Proceedings of the Royal Academy for Overseas Sciences (PRAOS), 3 (2) : 337-395.

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