[Science News] – Un nouvel inventaire de la flore congolaise
Le Jardin botanique de Meise vient de publier l’inventaire des espèces de plantes de la République démocratique du Congo (Checklist of the vascular plants of the Democratic Republic of the Congo). Deuxième plus grand pays d’Afrique, la RDC abrite la deuxième plus grande superficie de forêt tropicale au monde et compte parmi les régions les plus riches en biodiversité. Paradoxalement, la connaissance de la flore demeure très incomplète en Afrique centrale, ce qui entrave les politiques de conservation de la nature.
L’étude a recensé toutes les espèces de plantes vasculaires (plantes à fleurs, fougères, conifères) présentes en RDC sur la base de différentes collections d’herbiers et des bases de données en ligne.
Au total, 10 260 espèces (1998 genres — 246 familles) ont été recensées, ce qui représente 22 % de la richesse de l’Afrique subsaharienne. La RDC devient ainsi le pays d’Afrique continentale tropicale le plus riche en espèces, après la Tanzanie. Cette richesse exceptionnelle résulte de la grande diversité des climats et des types de végétation existant dans le pays, depuis les forêts denses du bassin du Congo jusqu’aux savanes zambéziennes, en passant par les montagnes du Rift Albertin.
L’étude souligne également l’importance des espèces endémiques, au nombre de 1 099, soit plus de 10 % de la flore nationale ! Ces plantes sont souvent confinées à des habitats très spécialisés, notamment dans le Rift Albertin et le Haut‑Katanga. Certaines familles, telles que les Commelinaceae, Euphorbiaceae, Asteraceae ou Fabaceae, présentent des taux d’endémisme particulièrement élevés, reflétant des dynamiques évolutives locales intenses et une longue histoire de diversification.
Le Jardin botanique de Meise au cœur de l’exploration botanique
Le pays demeure aujourd’hui l’un des moins explorés d’Afrique, avec une densité de collecte très inférieure aux standards recommandés. Les régions proches des grandes villes et les massifs de l’est sont mieux documentés que le reste du pays qui est largement sous-inventorié.
Dans ce contexte, le Jardin botanique de Meise joue un rôle déterminant. Son herbier abrite la plus vaste collection d’échantillons d’herbier de RDC au monde, avec près de 500 000 spécimens, et constitue ainsi la principale plateforme scientifique pour l’étude de la flore congolaise. Ses équipes ont coordonné la validation taxonomique de la liste, mobilisé les ressources numériques de la Flore d’Afrique centrale et assuré l’expertise nécessaire pour confirmer la présence des espèces sur le terrain. Le Jardin botanique de Meise contribue également à la numérisation des collections d’herbier existantes en RDC, facilitant l’accès aux données via des portails internationaux et renforçant la capacité de recherche locale et mondiale. Le Jardin botanique forme également de jeunes chercheurs congolais à l’identification de la flore.
Conservation, menaces et perspectives
L’évaluation du statut de conservation révèle une situation préoccupante : parmi les espèces évaluées par l’UICN , 17 % sont menacées. Plus inquiétant encore, 73 % des espèces endémiques qui ont été évaluées sont considérées comme menacées ! Les pressions anthropiques — déforestation, agriculture, production de charbon, exploitation minière — s’intensifient dans un contexte de croissance démographique et d’instabilité politique. Bien que la RDC dispose d’un réseau de plus de soixante aires protégées, dont plusieurs parcs nationaux inscrits au patrimoine mondial, leur gestion reste entravée par des défis logistiques, sécuritaires et financiers.
La flore congolaise compte également 461 espèces exotiques (4,5 %) — sans compter les plantes cultivées — dont certaines pourraient devenir invasives.
Défis pour la conservation
L’étude met ainsi en évidence une richesse spécifique et un taux d’endémisme exceptionnellement élevé, soulignant l’importance cruciale de la RDC pour la conservation de la biodiversité végétale en Afrique tropicale. Les auteurs insistent sur l’urgence de réaliser une évaluation complète de l’état de conservation de toutes les espèces recensées — dont 74 % n’ont pas été évaluées — et d’avoir une meilleure compréhension de la répartition géographique des espèces endémiques afin d’établir des priorités en matière de conservation.
Dans ce domaine, le Jardin botanique de Meise continuera à apporter son expertise, en documentant ces espèces à travers la publication de la monumentale Flore d’Afrique centrale, en soutenant les efforts de gestion et de prévention, et en participant à la formation des jeunes botanistes congolais.
Lien vers l’article : https://doi.org/10.3897/phytokeys.277.193807