[Science News] – Publication de la sixième édition du rapport “State of the World’s Plants and Fungi”
À l’occasion de la parution de la sixième édition du rapport State of the World’s Plants and Fungi (L’état des plantes et des champignons dans le monde), les Royal Botanic Gardens, Kew, en collaboration avec de nombreux jardins botaniques à travers le monde, révèlent que si la véritable ampleur de la crise de la biodiversité reste largement sous-estimée, l’avènement des nouvelles technologies fait basculer la recherche scientifique dans une ère nouvelle. Réunissant les contributions de plus de 400 scientifiques issus de 40 pays — dont des chercheurs du Jardin botanique de Meise —, ce document historique démontre comment l'intelligence artificielle (IA) et la numérisation de masse deviennent les alliées indispensables de la course pour préserver la biodiversité.
Alors que les plantes et les champignons soutiennent toute vie sur Terre en régulant le climat et en nous fournissant de la nourriture et des médicaments, le manque de données fiables fait peser un risque majeur sur les stratégies de conservation actuelles. Sans une cartographie précise des espèces, les efforts risquent de négliger les écosystèmes les plus vulnérables. Face à cette urgence, Kew annonce avoir franchi un jalon historique en achevant la numérisation complète de ses 7,4 millions de spécimens d’herbiers et de collections de champignons. Désormais accessible gratuitement en ligne, cette base de données colossale, enrichie par les efforts conjoints d'institutions internationales telles que le Jardin botanique de Meise, offre aux chercheurs et décideurs du monde entier une ressource scientifique sans précédent pour investiguer les effets du changement climatique et découvrir les remèdes de demain. Le Jardin botanique de Meise, tout comme de nombreuses autres institutions partenaires, est pleinement engagé dans ce mouvement d'envergure à travers la numérisation de la totalité de ses collections, représentant près de 4 millions d'échantillons d'herbiers.
“L’exploration botanique, la découverte et la conservation reposent largement sur l’accès aux collections d’herbiers, confirme Marc Sosef, botaniste au Jardin botanique de Meise chargé de la Flore d’Afrique centrale et la Flore du Gabon. "Pour ce rapport, nous avons pu ainsi fournir des informations sur l'état d'avancement de la numérisation des spécimens d'herbier au service de la recherche et de la conservation en Afrique australe et dans les îles de l'océan Indien occidental (lien). Ces informations sont essentielles pour soutenir la recherche et la conservation, tant au niveau local que mondial. Beaucoup de travail reste à accomplir pour numériser les collections conservées dans les herbiers à travers l’Afrique et également pour ajouter les données relatives aux lieux de récolte propres à chaque spécimen; malheureusement, ces institutions font face à des obstacles majeurs, tels que le manque de financement, de personnel, ainsi que d’infrastructures physiques et numériques ”.
L’impact de cette transition technologique se mesure déjà concrètement. Grâce à l’IA, les scientifiques ont pu analyser huit millions de spécimens numérisés pour mener la toute première étude globale sur les périodes de floraison. Le constat est sans appel : le dérèglement climatique a modifié le calendrier de la nature en décalant la floraison mondiale de 2,5 jours par décennie au cours du dernier siècle, perturbant gravement les relations établies de longue date entre les plantes et leurs pollinisateurs.
Le rapport lance toutefois un signal d'alarme sur l'immensité de ce qu'il reste à accomplir. À ce jour, moins de 16 % des herbiers mondiaux sont numérisés, créant d’importants angles morts géographiques, notamment dans les pays du Sud. Cette méconnaissance biaise les modèles climatiques mondiaux alors que la taxonomie est engagée dans une véritable course contre la montre. En effet, plus de 100 000 espèces de plantes et plus de 2 millions de champignons restent totalement inconnus de la science, et une part immense d'entre eux pourrait s'éteindre avant même d'avoir été découverts. Pour y remédier, les scientifiques appellent à abandonner les visions traditionnelles de l'extinction au profit de modèles mathématiques et probabilistes capables d'estimer et de cibler les pertes de biodiversité invisibles.
Quentin Groom et Sofie Meeus du Jardin botanique de Meise ont mené des recherches sur ces angles morts géographiques. Une de leurs publications a largement contribué au rapport. « Nos recherches montrent que l'ouverture des collections sur la biodiversité offre d'énormes perspectives scientifiques, mais que les bénéfices ne sont pas répartis équitablement », expliquent nos chercheurs. Les spécimens numériques sont plus que jamais utilisés, mais une grande partie de ces recherches reste menée par les pays du Nord. Pour que les modèles mathématiques et l'intelligence artificielle puissent contribuer à mettre en lumière les pertes cachées de biodiversité, ils doivent s'appuyer sur des capacités locales solides, des infrastructures partagées et une collaboration véritablement équitable. »
Le Jardin botanique de Meise : un engagement fort face aux enjeux planétaires
Par sa participation active à ces travaux internationaux, le Jardin botanique de Meise réaffirme son engagement de premier plan dans la préservation du patrimoine végétal mondial. Face aux enjeux colossaux du changement climatique et de l'effondrement de la biodiversité, l'institution place la transition numérique et la collaboration transfrontalière au cœur de sa stratégie scientifique.
> Lien vers la publication (en anglais).