[Science News] – La vallée de la Semois dévoile une biodiversité lichénique exceptionnelle
Dans le cadre d'une mission confiée par le Parc national de la Vallée de la Semois, Damien Ertz, chercheur au Jardin botanique de Meise, a réalisé un inventaire approfondi des lichens entre 2024 et 2025. Cette étude a porté sur 35 affleurements rocheux répartis sur les communes de Bertrix, Bouillon, Chiny, Florenville, Herbeumont et Vresse-sur-Semois. L'objectif était d'évaluer la richesse de ces milieux, souvent nichés au cœur de forêts anciennes, et les résultats confirment que la région est un réservoir majeur de biodiversité.
Au total, 465 espèces ont été recensées, dont 397 lichens, 59 champignons lichénicoles (vivant sur les lichens) et 9 « semi-lichens ». Pour atteindre une telle précision, une méthodologie rigoureuse a été appliquée : l'examen détaillé de 542 arbres et l'analyse de 1 754 quadrats sur les parois rocheuses. Cette approche minutieuse a permis d'identifier 17 espèces de lichens et 8 champignons lichénicoles, tous nouveaux pour la Belgique.
La découverte majeure de cette mission est sans conteste celle d'une espèce de champignon nouvelle pour la science : Talpapellis chlorinae. Par ailleurs, l'inventaire a permis de retrouver des macrolichens que l'on croyait disparus du territoire national, tels que Fuscopannaria mediterranea et plusieurs espèces du genre Usnea. Ces découvertes soulignent la valeur patrimoniale unique des parois schisteuses et des érablières de ravin de la vallée.
Certains sites se sont révélés d'une richesse exceptionnelle. Le Rocher Lecomte et le Rocher Génifa se distinguent particulièrement, avec une diversité telle qu'une proposition de classement en réserve naturelle a été formulée. À l'échelle de la vallée, douze sites dépassent le seuil de 120 espèces de lichens, confirmant l'importance critique des affleurements rocheux pour la conservation de la flore lichénique à l'échelle nationale.
L'étude met également en évidence le rôle des forêts anciennes bien préservées. La présence d'espèces comme Biatora veteranorum, observée sur le bois mort, ou le très rare Thelotrema suecicum, sert d'indicateur précieux de la continuité écologique de ces milieux. Ces organismes, bien que discrets, sont les témoins directs de la santé des écosystèmes forestiers et rocheux de la Semois.
Cet inventaire démontre que la vallée de la Semois abrite un patrimoine naturel encore largement méconnu. La préservation des affleurements rocheux et le maintien d'un volume important de bois mort en forêt sont essentiels pour protéger cette biodiversité remarquable.
> Le rapport complet est disponible sur le site du Parc national.