[Science News] – Du Moyen-Orient à la Belgique : la découverte de Medicago peregrina, une plante sans origine connue

mar. 3 mars

Des chercheurs du Jardin botanique de Meise ont réalisé une découverte botanique remarquable — une histoire aux rebondissements inattendus, récemment publiée dans la revue scientifique internationale Plant Ecology and Evolution.

Une catastrophe aux conséquences inattendues

En juillet 2021, la vallée de la Vesdre a été durement touchée par de violentes inondations. Les eaux tumultueuses ont charrié d’énormes quantités de boue et de sédiments, qu’elles ont ensuite déposées ailleurs le long des berges. Ce phénomène a également mis au jour des graines dites « dures » : des graines capables de survivre dans le sol pendant des dizaines d’années, parfois même plus d’un siècle, sans perdre leur pouvoir germinatif.

Un an plus tard, en 2022, sur ces sols fraîchement déposés à Goffontaine, une plante remarquable du genre Medicago a fait son apparition. Il est rapidement apparu que cette espèce ne faisait pas partie de notre flore indigène. Elle n’était d’ailleurs pas seule : près de 180 autres espèces végétales non indigènes ont été recensées sur le site, principalement originaires de l’hémisphère sud, notamment d’Australie et d’Afrique du Sud.

La piste de la laine

Comment ces plantes sont-elles arrivées ici ? La réponse se trouve dans le passé industriel de la région. La vallée de la Vesdre fut autrefois un centre mondial du traitement de la laine. Pendant plus d’un siècle, des peaux de mouton brutes ont été importées de pays lointains. Des graines, souvent mêlées à la laine, voyageaient ainsi discrètement avec elle.

Lors du lavage de la laine, ces graines se retrouvaient dans la rivière avec les eaux usées. Elles se sont alors enfouies dans le sol, où certaines sont restées cachées pendant des dizaines d’années — jusqu’à ce que les inondations de 2021 les ramènent à la surface.

Une identité révélée grâce aux techniques modernes

Les chercheurs ont comparé le spécimen découvert à des espèces de Medicago conservées dans des collections d’herbiers et décrites dans des flores du monde entier. À leur surprise, il ne correspondait à aucune espèce connue.

Pour en avoir la certitude, ils ont combiné plusieurs techniques d’analyse. Ils ont étudié l’ADN de la plante à l’aide de plusieurs marqueurs génétiques et examiné ses caractères morphologiques par microscopie électronique à balayage. La conclusion était claire : il s’agit d’une nouvelle espèce.

La plante est étroitement apparentée à Medicago heyniana, mais elle s’en distingue par ses graines lisses, ses fruits plus petits qui noircissent à maturité et surtout par la présence de poils papilleux — de minuscules poils présentant de petites excroissances — un caractère rarement observé au sein de ce genre.

Une terre d’origine inconnue

L’origine exacte de cette espèce demeure pour l’instant un mystère. Elle n’a encore jamais été observée à l’état sauvage. En croisant les données génétiques avec les anciennes routes commerciales de la laine, les chercheurs ont toutefois pu délimiter une zone de recherche probable.

Tous les indices pointent vers le Moyen-Orient, probablement vers les steppes d’Iran ou des régions voisines. Cette zone est reconnue comme un important centre de diversité pour les espèces annuelles de Medicago. La nouvelle espèce a reçu le nom de Medicago peregrina — « peregrina » signifiant errante ou étrangère — un clin d’œil à son origine incertaine et à son long voyage.

Peut-être disparue dans son pays d’origine

Il est possible que Medicago peregrina soit aujourd’hui rare, voire éteinte, dans son aire de répartition d’origine. Le surpâturage intensif constitue en effet une menace sérieuse pour les végétations steppiques naturelles dans plusieurs régions du Moyen-Orient.

La découverte de Medicago peregrina montre comment les flux commerciaux historiques peuvent laisser des traces botaniques inattendues, parfois révélées seulement des décennies plus tard. Elle souligne également l’importance de la recherche botanique dans les milieux perturbés — et nous rappelle que les plantes racontent parfois des histoires qui traversent les continents et les siècles.

Source : https://plecevo.eu/article/174072/  

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